ASEPTOGYL à Susville, du dentifrice à la course automobile !
présentée par Eric Bettega, ingénieur retraité
Sous l’impulsion de Bob Neyret, un chirurgien-dentiste grenoblois, la ZI de Susville, à côté de La Mure, accueillit entre 1972 et 1991 une activité industrielle de fabrication de dentifrices et de produits de beauté. Mais, au-delà d’être une simple marque commerciale, ASEPTOGYL devint le creuset de la création d’un team automobile féminin éponyme renommé, car la course était la vraie passion de ce PDG atypique !
Compte rendu
rédigé par Anne Laffont
Robert Neyret
Né à Grenoble le 28 février 1934, Robert Neyret (dit « Bob ») est chirurgien-dentiste de formation. Son père Gabriel a fondé en 1955 à Fontaine (38) Odontol, un laboratoire de fabrication de colle à dentier (Adhesol), de dentifrice (Aseptogyl), et de cachous (Fraichaleine).
Bob Neyret est féru de courses automobiles. Il rencontre Jean Rédélé (Alpine) . Il effectue son premier rallye à 19 ans en tant que co-pilote de Jean-Claude Galtier (4CV) . Il sera ensuite au volant dès 1954 avec Jacques Terramorsi en co-pilote. Sur le rallye Liège-Rome-Liège il est détecté par le directeur sportif de Citroën, René Cotton.
La Matheysine
Au début des années 70 la Matheysine vit une crise industrielle. Les HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné), une quasi mono industrie est en crise et une fermeture est programmée (1968 plan charbonnier). Le charbon extrait de ces mines est de l’anthracite d’excellente qualité à 90% de carbone et n’est pourtant principalement utilisé que pour le chauffage. L’échéance est reportée en 1975, après le choc pétrolier de 1973. La fermeture est effective en 2000, avec une dernière benne en 1997. Se pose la question de la reconversion de 1500 personnes.
La mairie de la Mure a créé une petite industrie : Medicoplast (matériel à usage unique), qui n’aura qu’une courte existence.
En 1970 on va construire des bâtiments sans occupant identifié (décision du préfet), sur deux zones : Villaret/Susville et Saint Honoré, pour une superficie totale de 8175m2, avec le soutien de diverses structures :
- SMIME Syndicat mixte d’industrialisation de la Matheysine et des environs
- ADIRM Association pour le développement industriel de la région Matheysine
- CCI de Grenoble, chambre d’agriculture
- SOFIREM Société financière pour favoriser l’industrialisation des régions minières.
Il y aura 3 usines, qui par la suite seront occupées : Usine n°1 : Palayer (DINAC) , Usine n°2 : Palayer (DINAC) , Usine n°3 : Odontol.
Odontol en Matheysine
Pour augmenter sa surface, le laboratoire labo Odontol aavait d’abord acheté un terrain à Vizille (6000m2. Après prospection en Matheysine sur les conseils de B. Palayer et rencontre avec ADIRM, le terrain de Vizille est revendu pour installer Odontol à Susville. La construction débute en 1972 (700 722 F, équivalent 717 k€), et la réception a lieu le 8 mars 1973 : une superficie de 1500m2, sur deux niveaux. Les façades sont rouges en glasal, la toiture en bacacier, le chauffage est à air pulsé. On y fabrique du dentifrice (avec et sans fluor qui est autorisé en France à partir de 1977), des poudres pour le nettoyage et des poudres adhésives pour les appareils dentaires, des produits Diadermine (Henkel France). Il y a une activité de sous-traitance : Yves Rocher, Neutrogena, Molinard (gel douche et lait corporel reçus en fûts de 100 litres et mis en bouteilles) et d’autres encore.
Le dentifrice représente un gros volume, mais un petit nombre de références. La mise en tube s’effectue à 3600 tubes par heure avec 5 à 6 ouvrières (24 000 tubes par jour), sur une remplisseuse Kalix-Dupuy. L’abrasivité de la pâte est contrôlée par un laboratoire lyonnais. L’embauche était prioritaire pour les mineurs (en reconversion) et familles de mineurs.
Le team Aseptogyl
Odontol est un nain parmi les géants (Henkel, Gillette, Procter & Gamble). Pour donner une certaine notoriété à la marque, Robert Neyret lance un coup médiatique avec un « team » 100% féminin dans la course automobile, et associe les couleurs des véhicules à celle des tubes de dentifrice.
Bob a été surtout client de l’Alpine, mais il y a eu beaucoup de marques et de modèles. Sa pire expérience fut avec Toyota.
Bob a confié une enquête à une équipe d’étudiants en commerce : les voitures étaient reconnues mais sans faire le lien avec le dentifrice.
Ce fut une réussite sportive du team Aseptogyl avec des équipages du meilleur niveau : Marianne Hoepfner, Claudine Trautmann, sur des Alpine A110 de couleur rose.
La fin d’une aventure sportive
En 1980 Henkel propose de racheter Odontol. J.P Emerit est le nouveau PDG d’Odontol.
Le team Aseptogyl participe pour une dernière fois au rallye Monte Carlo en 1983. Les sponsors (dont Esso) sont très fidèles.
La concurrence est féroce et l’activité d’Odontol va cahin-caha. Il y des fabrications spécifiques pour les magasins Radar. Pour entrer chez les hypermarchés il faut payer. Le 20/01/1986 le SMIME rachète les actifs, et le 21/03/1989 Odontol est en redressement judiciaire. Rachetée en juin 1989 par Titan, Odontol est liquidé en mai 1991. En mai 1992 le site est loué à PAROLAI/VIDMAR, puis à DINAC en 1989.
« Je ne fais que ce que j’aime »
Bob Neyret n’a jamais habité en Matheysine mais porta haut les « couleurs » de la Matheysine à travers plusieurs continents.
L’aventure du team Aseptogyl a été une formule inédite d’entreprise couplée à la course.
Il a créé des couleurs devenues iconiques. Les Alpine Aseptogyl se vendent à prix d’or…
Bob Neyret a fait un dernier Monte Carlo à 84 ans en 2018, et un Paris-Pékin à 82 ans. Il a été fidèle à Citroën et sa DS21.
5- Bibliographie
- Robert Neyret, Ma vie et une fête, autoédition 2023
- Eric Bettega, Aseptogyl ou le sport auto comme outil marketing, Mémoire d’Obiou, n°30 (2025)
- Site web « Citroen en compétition », Neyret Robert dit Bob :
Questions/Réponses
- Il est difficile d’implanter des usines sur le plateau : problème d’accessibilité, surtout les longs mois d’hiver, problème de la typologie du personnel
- Il y a une fierté dans le métier de mineur. Il a été proposé aux mineurs d’aller sur d’autres mines, ou une reconversion dans des métiers de peu de technicité à la Motte d’Aveillans l’ADATE.
- Beaucoup de pendulaires :
- Allibert s’est installé dès 1972 sur la zone de Saint Honoré : des petits ateliers d’injection plastique.
- Inoceta (soie artificielle) avait proposé de s’installer mais c’était pour récupérer des subventions.
- Où était réalisé l’entretien des voitures ? Les voitures fournies par les constructeurs étaient entretenues par ces derniers, mais que pour les autres, le conférencier n’a aucune information.