L’entreprise de sellerie/bourrellerie Viland : 200 ans dans le centre de Grenoble
présentée par Philippe Viland
Après une carrière dans le domaine bancaire, Philippe Viland est revenu à Grenoble il y a 3 ans pour rejoindre sa sœur dans la gestion de l’entreprise familiale Viland.
Compte rendu
rédigé par Jean-Marc Chaix
Une entreprise grenobloise
L’entreprise Viland est située depuis plus de 200 ans rue de Lionne () à Grenoble, dans l’ancien quartier romain. Cette rue qui porte le nom d’Hugues de Lionne, 1611-1671, diplomate et ministre de Louis XIV, débouche sur le plus ancien pont de la ville, le pont (suspendu) Saint-Laurent.
Les origines
L’entreprise de sellerie Jallifier, créée en 1825, a été reprise à la fin du 19e siècle par Viland. On y fabriquait à l’époque des colliers pour chevaux et des selles.
L’entreprise n’a jamais quitté son emplacement d’origine. Initialement centrée sur le chaval et l’agriculture, elle s’est adaptée et a vécu différentes évolutions, dont une reconversion vers les métiers d’art conduite par le père de conférencier : c’est ce qui lui a permis d’être encore aujourd’hui en pleine activité
Les métiers d’aujourd’hui
L’entreprise est aujourd’hui centrée sur la vente de fournitures pour la sellerie et l’aménagement intérieur. Ses 7500 références sont réparties dans 6 catalogues
- Tissus simili-cuirs et cuirs
- Tissus intérieur et extérieur
- Rideaux et stores
- Outillage, mousses et colles
- Fournitures du tapissier et du sellier
- Clous décoratifs, passementerie
Sa clientèle (4500 clients) est en majorité dans le quart sud-est de la France, le reste étant principalement en France. Ils se répartissent en 3 catégories : des fabricants de meubles et installateurs (40%), des tapissiers décorateurs (30%) et des selliers et agenceurs (30%).
La vente se fait beaucoup grâce au site internet (https://viland.fr), organisé en pratique comme deux sites, un site présentation (« la vitrine ») et un site marchand.
La logistique
Pour les livraisons locales, Viland utilisait les services de Toutenvelo Grenoble.
La logistique de l’entreprise est qualifiée par le conférencier de « logistique Amazon revisitée XIXe siècle ». Sur le site marchand sur internet, chaque client qui s’identifie voit les prix qui correspondent à ses propres accords avec Viland. Sur place, on trouve à la fois des zones spécialisées pour les produits à forte rotation et des « entrepôts qui racontent le passé »…
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La philosophie de l’entreprise
Trois éléments peuvent être retenus :
- Les fournisseurs : ils sont français ou européens (une seule exception : une tringle à rideaux produite au Japon)
- Le conseil : cette relation aux clients est la base de l’entreprise. Le site internet donne par exemple des informations très précises sur chaque produit du catalogue, comme par exemple sur les tissus d’ameublement, dont les caractéristiques de solidité et d’usure ne sont traditionnellement pas données par les vendeurs.
- Le recyclage : utiliser ce qui n’est pas vendu. Un exemple est la création récente de sacs cabas à partir de matières premières dont seule une partie a été revendue : conçus avec une couturière d’une grande maison de luxe, ils sont fabriqués par l’atelier APF (Association des paralysés de France) d’Échirolles. Une marque dédiée a été créée.
Questions/Réponses
- Existe-t-il un catalogue « papier ». Oui, mais il n’est réalisé que pour satisfaire la demande d’un petit nombre de clients spécifiques (environ 50 exemplaires)
- Quelle est la taille de l’entreprise ? Actuellement 5 personnes, pour un chiffre d’affaire annuel de 0,5 à 1 M€.
- Quels sont les concurrents ? On compte un « très gros » (le parisien Léobert, ~20M€), quelques « gros » (~5M€ : Roby, Cotte-Martinon à Nice…) et plusieurs de la taille de Viland.
- Les produits comme les fils sont-ils très spécifiques ? Oui, les fils techniques comme ceux de la gamme Onyx ont peu à voir avec les fils de couture habituels et ont des caractéristiques qui dépendent de leur utilisation en intérieur ou en intérieur, etc.
- Y a-t-il une analyse de la rotation des stocks ? Si on fait des cabas, ce n’est pas par hasard…
- Quel est l’avenir du métier ? Le métier de tapissier-décorateur est plutôt en perte de vitesse (il tente souvent de nouveaux « reconvertis » dont l’activité ne dure que quelques années), celui de sellier tient mieux (selles de motos)…
- Viland restera-t-il sur son site historique de Grenoble si son marché est multiplié grâce son site internet ? Avec un marché plutôt en baisse, il y a peu de chances que cela se produise, mais l’entreprise n’a tenu que grâce à des reconversions…
- 880 m2 au centre-ville : un coût foncier élevé ? Viland n’est propriétaire que de 50% des locaux, le reste étant loué depuis 115 ans.